Confinement sans frontières 37

Léa Veinstein sur son grand-père Isaac

C’est agréable d’en apprendre beaucoup sous la plume de quelqu’un de la génération de vos enfants ! Léa Veinstein vient d’écrire Isaac (Editions Grasset) enquête sur son arrière-grand-père qui fut rabbin à Neuilly pendant la guerre. Tout au long de sa recherche –menée avec sa jeune sœur Paloma et une cousine du même âge, précise-t-elle- Léa Veinstein nous raconte ses motivations, ses démarches et ses interrogations. En recueillant documents, traces et témoignages, elle prend conscience de cette difficulté que les historiens professionnels connaissent d’autant mieux que la période traitée est proche : la contextualisation. Comment comprendre les comportements alors que le temps d’après les éclaire autrement ? C’est le fameux : ils auraient du…

Au delà de ce qu’elle apprend en cherchant à connaitre son arrière-grand-père, les raisons pour lesquelles les synagogues restèrent ouvertes pendant la guerre, la différence faite jusqu’en 43 entre les Juifs français et les Juifs étrangers, c’est la question de la transmission qu’elle interroge. Tous les grands textes religieux, la Bible en particulier, disent que nous portons en nous les conséquences des actes de nos ancêtres pendant plusieurs générations (jusqu’à 7 selon certains textes) et cela, même si le silence s’est installé entre temps. Léa Veinstein est la fille du poète et homme de radio, Alain Veinstein et de Laure Adler, elle-même écrivain, femme de media, venue à Orion l’année dernière. Je ne dévoile rien ici, parce que Léa le dit dans son livre. La mère de son père était la fille de cet Isaac Sawelski et s’était détournée de cet héritage culturel et religieux, tout en gardant quelques documents cachés et en épousant un Juif. Et son père, Alain, n’avait pas abordé la question, lui pourtant, dont la voix rauque, profonde et radiophonique rappelait celle de son grand-père. Et voilà que Léa, qui a travaillé sur des penseurs et des écrivains juifs sans trop savoir pourquoi, tour à tour Emmanuel Levinas, Walter Benjamin et Franz Kafka sur lequel elle a écrit sa thèse, se coltine, avec sa sœur Paloma -et leur cousine- à ce qu’on pourrait appeler le retour du refoulé. Avec la puissance troublante de la sincérité. Paloma est une amie de ma fille, était au lycée avec elle, et comme je l’écrivais au début de ces lignes, il est merveilleux d’apprendre de nos enfants, en particulier quand ils affrontent le devoir de mémoire.

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