Confinement sans frontières 49

8 mai : fin de la guerre !

Comme beaucoup d’autres, j’ai été interloqué par la formule ressassée du président Macron : c’est une guerre ! Il aurait pu dire : sus au virus ! à la façon des preux de bande dessinée criant : sus à l’ennemi ! La guerre suppose un adversaire conscient ou inconscient, plus ou moins apte à la stratégie, et réclame une stratégie en retour. Elle est codifiée et narrée depuis Homère ou la dynastie des Shang. Chaque guerre trouve sa place dans le grand récit de l’humanité, sans cesse reconstruit par les poètes et les historiens. A moins d’être habité par un panthéisme exalté, on peut difficilement supposer un dessein au Covid. Il est vrai que le pouvoir exalte souvent celui qui le connait très jeune. J’ai du mal à croire que ce soit le cas du président actuel. Il est un pur produit de l’hyper rationalité française qui, à l’exception notable de Nicolas Sarkozy, nous a donné tous les présidents de la Vème République depuis le Général De Gaulle : Pompidou, normalien devenu banquier ; Giscard, énarque en quête de trône ; Mitterrand politicien professionnel depuis le berceau, sans opinion ; Chirac, provincial affamé ; Hollande provincial rond, clone du précédent en plus flou. Tous marqués du sceau des hautes études de la République, administrateurs dans l’âme et cultivés en secret. La plupart se sont confrontés, sans le dire, à quelque chose qui ressemble au pouvoir absolu du guerrier. Pompidou est né de la tristesse d’un (du) Général. Giscard s’est offert la tête du dernier condamné à mort, pour goûter au frisson du droit de vie et de mort. Mitterrand s’est bâti une pyramide à la hauteur des pharaons. Chirac a, premier geste de son septennat, fait péter la dernière bombe atomique française à Mururoa. Sarkozy a foncé tête baissée en Lybie. Hollande s’est engagé dans de nombreux conflits, étant, selon le journal le Monde « le président le plus guerrier de la Vème République ».

Que restait-il au Président Macron ? Quelle guerre inventer ? Quel frisson se donner ? La pandémie – qui n’était encore qu’une vaste épidémie- voilà une occasion ! J’imagine qu’il a lu « l’Art de la Guerre » de Sun Tzi – œuvre de l’Antiquité chinoise qu’on enseigne à l’ENA. Il se souvient donc de cet aphorisme central : « Connais ton ennemi et connais–toi toi–même ; eussiez–vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux. Si tu ignores ton ennemi et que tu te connais toi–même, tes chances de perdre et de gagner seront égales. Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi–même, tu ne compteras tes combats que par tes défaites. » Il ne connaît pas son ennemi le mystérieux Covid –qui le connaît d’ailleurs ? tout le monde tâtonne et les chercheurs cherchent- mais se connaît-il lui-même ? C’est la grande question que l’emploi inadéquat du mot « guerre » laisse en suspend ?

On déconfine, décision politique, au moment du 8 mai, célébration de la victoire ! Faut-il dire armistice ? Suspension provisoire des combats ? Cessez-le-feu unilatéral ? Trêve ? Anéantissement de l’ennemi ? Rappelons qu’en 1945 la guerre était terminée en Europe mais pas en Asie, loin de là.

 

Si vous voulez commenter ce texte, envoyez un message à info@rencontre-orion.org