Confinement sans frontières 55

Rester chez soi ?

Il y a dans le journal « le Monde » du dimanche 10/ lundi 11 mai une belle chronique de Brigitte Giraud sur la vie en banlieue au temps du confinement. Il faut la lire. Surtout si l’on vit soi-même dans une maison avec un jardin, au cœur de ce paradis qu’on appelle le Béarn, à l’abri des soubresauts du monde et même – apparemment – de ses virus.

J’ai toujours aimé les romans de Brigitte Giraud que l’éditeur Jean-Marc Roberts nous avait fait découvrir. Il l’a publiée d’abord chez Fayard en 1997 avec « La chambre des parents », puis aux Editions Stock dont il est devenu le directeur l’année suivante jusqu’à sa mort à 58 ans, le 25 mars 2013. Ensuite Brigitte Giraud a publié ses livres chez Flammarion. Son dernier roman, « Jour de courage » est sorti en 2019. Lycée de la banlieue lyonnaise, une classe de terminale, dont on imagine que l’enseignante attentive, ici une professeure d’histoire, est proche de l’auteure, et un élève, Livio qui va confronter les autres élèves à la question quasi impossible – dans ce contexte- de l’homosexualité. Pour cela, Livio fait un exposé sur les autodafés dans l’Allemagne de 1933 confrontée à la montée du nazisme. Deux époques, deux mondes, deux situations qui semblent ne rien avoir en commun. Et pourtant ! L’affaire va tourner mal pour tous.

Je recommande tous les livres de Brigitte Giraud, en particulier pour entrer dans son univers particulier : « Une année étrangère » (Stock, 2013). Laura, une française de 17 ans, passe une année de jeune fille au pair dans une famille allemande. C’est un roman d’apprentissage et d’interrogations pour Laura, à la fois devant sa propre métamorphose et sur la découverte de l’Histoire – Histoire de soi et celle des autres, voisins semblables et différents. Passionnant aussi, le recueil de nouvelles « L’amour est très surestimé » qui lui a valu le prix Goncourt de la nouvelle en 2007.

Tout l’univers de Brigitte Giraud est dans cette formidable chronique du « Monde ». Née en 1966 en Algérie, elle a grandi à Bron dans la banlieue lyonnaise qu’elle quitte à 20 ans pour Lyon, mais dont elle reste proche. Dans « Nous serons des héros » (Stock, 2015), plus encore que dans ses autres romans, elle décrit cette vie de banlieue  où les rapports entre le dedans et l’extérieur n’ont rien à voir avec ce qui se passe dans le reste de la France. Parce que « restez chez soi » n’a pas de sens, parce qu’il n’y a pas de repas partagé, de chambre à soi, d’espace privé, de lieu d’intimité, de moment personnel ou solitaire ou silencieux, parce que, justement le dehors joue ce rôle nécessaire au repli sur soi. Ce sens de l’essentiel, réclamé par le chef de l’Etat, y est un non sens, un concept incompréhensible ! C’est écrit, sans acrimonie, juste comme une constatation affligée par une femme qui sait de quoi elle parle.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/09/brigitte-giraud-en-banlieue-restez-chez-vous-est-un-slogan-qui-n-a-pas-de-sens_6039137_3232.html

 

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