Confinement sans frontières 62

Mariages – épisode 4 – En chemin pour Shanghai

Samedi dans un gros bourg du Béarn. J’accueille et j’attends devant la mairie. Aux deux premiers mariages, la responsable de l’Etat civil m’accompagnait. Maintenant, restriction budgétaire oblige, je sais marier seul. 10 minutes avant, à quatre pattes sur le trottoir j’ai donc ouvert la porte de verre dont le loquet est au sol, j’ai contrôlé la salle du conseil, la grande table avec les documents et le bouquet de fleurs, cadeau de la municipalité, j’ai inspecté les grands fauteuils de cuir pour les futurs époux et les témoins. Les chaises en plastique pour les autres. J’ai enfilé l’écharpe officielle trop grande avec son nœud coulant et je suis sorti. Maire-adjoint tricolore, je sers de point de repère. Les familles arrivent au compte-goutte dans un désordre étonné. Les cousins lointains, pas sûrs des lieux sont venus en avance. Ils tournent en rond sans s’aborder. Il y en a toujours un pour me demander si je suis le maire, s’exerçant sans doute au rôle du boute-en-train. Le fiancé est déjà là, mais je ne le repère pas. Il attend la fiancée pour se faire connaître. Souvent elle arrive dans une vieille voiture louée, une traction noire ou une 203 prune qui fait pousser des oh et des ah. Je demande si tout le monde est là. Quelqu’un, son père sûrement, prend la main de la jeune femme en blanc et entre derrière moi. Dans cette mairie, la salle est au premier et il y a l’épreuve de l’escalier. On demande s’il y a un ascenseur. Il y a. Très petit et très lent. Quatre générations piétinent devant sa porte. Tous finissent par s’installer. On va commencer. C’était long, mais ce n’est pas grave : je me sens très beau ceint de cette écharpe !

Aujourd’hui, c’est un jeune couple éduqué, classique, mariage dans la même couche sociale, 25 ans, familles en harmonie, noce bourgeoise. Ce genre de mariage, je ne l’ai célébré qu’une fois. En réalité, pas un mariage ne ressemble à un autre. J’ai marié une trentaine de couples en trois ans, pas une fois je n’ai eu le sentiment de répétition.

Deux jeunes ingénieurs de deux villages voisins qui s’étaient connus à la fac. Ils se marient, me dirent-ils très simplement, pour pouvoir partir ensemble à Shanghai où la jeune femme a trouvé un emploi. Ils ne sont pas très sûrs de l’avenir de leur relation, ajouta ensuite la sœur du marié, mais ils jouent le jeu pour rassurer les familles. Qu’attendent les gens qui se marient ?  A quelles injonctions personnelles, familiales ou sociales répondent-ils ? Le seul mariage qui  semblait présenter les critères traditionnels qui rassurent les familles, battait de l’aile, le jour même de sa célébration.

 

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