Confinement sans frontières 68

Mariages – épisode 10 – De l’autre côté de la Méditerranée

Le mariage doit avoir lieu en Tunisie où vit le futur époux. Comme la future mariée est française, je procède à une audition dans le cadre d’une « Demande de certificat à capacité à mariage déposée auprès du consulat de France à Tunis ». En substance, il faut contrôler les objectifs « réels » de ce mariage, selon les termes utilisés au téléphone par mon interlocuteur au Ministère des Affaires étrangères. Qu’est-ce qui rend un objectif plus réel qu’un autre ? Je me pose la question. L’amour est-il un objectif plus réel qu’un intérêt financier ou un arrangement familial ? Ce qu’on cherche à savoir, évidemment, c’est si la femme française ne se marie que pour permettre au garçon de venir vivre en France et de profiter des « fameux » avantages sociaux.  Le questionnaire qu’on m’a fourni est très précis et entre même parfois dans des détails intimes. La relation entre les deux futurs époux doit être « réelle », reposer sur une connaissance réciproque de la vie de l’autre. Je me suis demandé si j’aurais été capable de répondre, avant mon propre mariage, aux questions sur l’âge et le prénom de divers oncles, cousins ou tantes de ma future épouse. Je crois que non. Mon interlocutrice, que j’interroge en présence d’une personne des services de l’état civil, reconnaît immédiatement l’existence d’un intermédiaire : une femme, une voisine devenue une amie, à laquelle elle s’est confiée quand son premier conjoint l’a abandonnée avec deux enfants. Ils n’étaient pas mariés. C’était il y a quatre ans. Entre temps cette amie-voisine a rencontré un garçon qu’elle a épousé et elle est partie vivre avec lui à Nice où il a une petite entreprise de maçonnerie. C’est le grand frère du futur époux. Elle est allée –voyage payé avec ses économies, car elle ne travaille pas – en Tunisie rencontrer le garçon. Il lui avait loué un petit appartement. Ca c’est bien passé. Ils ont sympathisé. Ils ont communiqué par internet quelques mois et elle y est retournée avec ses enfants, cette fois et elle a rencontré la famille. Il vit avec ses parents et un autre frère. Il a 25 ans, 3 ans de moins qu’elle, et il est peintre en bâtiment. Tout cela est clair, elle donne des détails sur les parents, la famille tunisienne, le logement où elle ira vivre à Tunis après le mariage.

-Est-ce que sa famille à elle viendra au mariage ? -Son père, peut-être, mais maintenant ils sont rassurés. -Ils étaient inquiets ? –Je vais changer de pays, quand-même ! –Et vous ? – Ca va, je sais qu’on reviendra en France.

Elle relit ses déclarations et signe le document que l’employée de l’état civil prépare pour l’envoyer au consulat. Je raccompagne la jeune femme à la porte.

-Nice, c’est une jolie ville, lui dis-je en lui tendant la main.

-Oui, son frère l’attend avec impatience.

 

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