Déconfinement sans frontières 10

Mariages – épisode 21 – Un mariage d’amour

Si je refaisais le même discours de mariage que la semaine ou l’heure précédente, j’aurais l’impression que les mariés sont interchangeables et qu’ils vont me dire : pas très original votre blabla. Je regarde donc ce que les documents officiels m’apprennent des impétrants et de leurs  vies antérieures, une adresse dans un pays lointain, une fratrie longue, un métier inhabituel. J’écarte l’orphelin balloté, le chômeur récidiviste, le malchanceux chronique, je cherche un fil et je le tire. Ca ne marche pas toujours. Il arrive que pas un détail n’attire mon attention. Un jour de panne sèche, je me suis tourné vers un sympathique petit ouvrage fourni par la municipalité : modèles de discours, chapitre VII,  section mariage. Toutes les propositions y tournaient obstinément autour d’un thème unique : c’est un mariage d’amour que vous êtes en train de faire, mais attention, ça ne sera pas toujours une vallée de roses !

Va savoir pourquoi, mais je ne me voyais pas en train de dire ça ! Plus j’ai célébré de mariages, moins je m’y voyais. D’abord, parce que cette idée d’une union « pour le meilleur et pour le pire », disparue d’ailleurs du vocabulaire officiel, ne veut sûrement pas dire que « le meilleur » ou « le pire » soit un ressort de la relation de couple, mais plutôt la capacité d’affronter ensemble ce meilleur et ce pire quand il vient de l’extérieur. Ensuite et surtout parce que la notion de mariage d’amour me semblait chaque jour un peu plus difficile à définir, et parce que dans chaque mariage je percevais des envies, des pulsions, des objectifs multiples.

Ce jour là, pourtant, j’ai ressenti naïvement, au premier degré, avec émotion, qu’un mariage pouvait aussi n’être qu’un mariage d’amour. Petite souris vêtue de bleu pâle, elle ne quittait pas des yeux le grand garçon à côté d’elle avec un regard timide et confiant. Il regardait droit devant et se tenait bravement, le menton haut et le cheveu ras, à l’étroit dans un costume anthracite à deux boutons qu’il ne cessait d’ouvrir et fermer, tant porter cette veste lui devait être incongru. D’ailleurs on l’imaginait immédiatement portant une chemise à carreaux ouverte sur son torse puissant, moulé par un t-shirt. Elle, aussi petite qu’il était grand, aussi brune qu’il était blond, aussi intimidée qu’il était fier et tous les deux, aussi heureux l’un que l’autre d’être là. Ils étaient dans une bulle sur laquelle tout glissait, mots d’amitiés, discours, sourires, questions. Pour dire oui, il se pencha vers elle et leurs bouches se touchaient presque et quand il prit sa main avec douceur pour y glisser l’alliance, le mot qui me vint fut : tendresse.

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