Déconfinement sans frontières 15

Mariages – épisode 26 – Un chien conciliant

Depuis que nous sommes entrés en cortège et installés pour ce mariage dans la belle salle du conseil de la Mairie, le petit chien ne cesse de pirouetter en aboyant. La jeune femme qui le tient en laisse, se penche régulièrement en lui demandant d’être sage, mais rien n’y fait. J’attends un instant avant de prendre la parole, espérant qu’il se taise enfin. Les amis, familles et autres invités assoupis ont l’air d’avoir l’habitude. Personne ne moufte. Je n’ai pas envie de lutter contre cette bête, petite mais à l’organe vocal surdimensionné. Je ne suis pas à armes égales et finis par demander poliment : – Peut-on extraire cet animal, je veux dire, peut-on faire taire ce chien, s’il vous plait ? Un fou rire gagne la salle enfin réveillée. Une seule personne ne trouve pas ça drôle : la mariée. L’air vexée, elle se lève, va chercher le chien et l’emporte en l’embrassant sur le museau.

-On se moque de toi, mon biquet, le vilain monsieur s’est moqué de toi.

Le vilain monsieur hésite un instant. Mais comme aucun texte n’interdit de se marier avec un chien sur soi, je commence la célébration avec le sérieux professionnel nécessaire et retrouvé. Depuis qu’il est sur les genoux de la future mariée, visiblement sa maitresse, le biquet, un ravissant bâtard de chihuahua et de teckel, s’est roulé en boule, accompagnant de profonds soupirs engourdis chacun des articles de loi que je lis méthodiquement. Arrivé au 371, alinéa 1, qui concerne, chacun s’en souvient, l’éducation, je débite le texte : « L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant. Elle appartient aux parents jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne. Les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité ». Puis je reprends mon souffle et marque un temps. Un silence se fait, chacun se concentre sur ce qu’il vient d’entendre. S’élève alors la voix bien distincte de la fiancée :

– Tu es d’accord, toi, mon biquet pour ton nouveau papa ? Tu veux bien ?

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