Déconfinement sans frontières 17

Mariages – dernier épisode – Une urgence

-Il y a urgence me dit la dame en courant vers moi.

Un samedi après-midi de juillet, 15h50. Je viens de célébrer un mariage, j’en ai deux autres derrière. A un rythme tranquille : 15h, 16h, 17h, le temps des déplacements et des célébrations, pas trop de stress, comme dans les grandes villes où l’on vous case un mariage de demi heure en demi heure quand ce n’est pas de quart d’heure en quart d’heure.

– Je suis la mère de la mariée et nous passons à 17h, est-ce qu’on ne peut pas faire le mariage maintenant ?

– Je suis désolé madame, les mariages sont inscrits avec un numéro d’ordre sur les documents officiels et il y a un autre mariage avant vous. Il est presque 16h et ils sont tous là. Trois quarts d’heure à attendre, vous êtes si pressée ?

-Oh oui très, nous sommes très pressés, ma fille, la mariée est enceinte.

-Très enceinte ?

-Très très enceinte… D’ailleurs la voilà, jugez vous-même. C’est sûrement pour aujourd’hui.

Effectivement la jeune femme qui s’approche en marchant prudemment dans sa robe blanche a un ventre impressionnant.

-Allons voir ensemble l’autre mariage. S’ils acceptent de passer après vous, je m’arrangerai pour les papiers avec une petite omission sur les documents.

Nous allons vers les gens qui attendent encore sur la place. Malheureusement, ce sont déjà les invités de 17h. La mairie étant restée ouverte, la noce de 16h est entrée et s’est installée comme un seul homme dans la salle du conseil. Futurs, témoins, amis, familles, tous. Il ne manque plus que moi.

-Je ne peux plus les faire sortir. Je vous promets d’aller vite. Préparez-vous à entrer.

Je fonce faire mon travail de maire, solitaire comme je le fus pendant ces trois années de célébrations, sauf les deux premiers mois du mandat quand la responsable de l’Etat civil m’accompagnait encore. Mais, mesure d’économie oblige, j’officie seul. Et dans ce genre de circonstance, ce n’est pas pratique. Je ne dis rien de l’urgence, je fais un discours bref mais intense et à la fin de la cérémonie, je demande poliment d’aller faire les photos au soleil, sur la place, un autre mariage attend, merci.

Il est 16h30, j’ai pris le rythme  des grandes villes, gagnant une demi-heure et voilà la nouvelle noce qui s’installe. La mariée s’assied dans le grand fauteuil en poussant un profond soupir. Son futur mari la couve du regard et lui tapote le front avec un mouchoir.

A ce moment, la maman pressée s’avance jusqu’à moi et me dit en chuchotant presque :

-Est-ce qu’on peut attendre un peu, mon mari n’est pas encore arrivé.

 

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